Certains disent que l’état de santé d’une démocratie se mesure au droit d’expression laissé à l’opposition. Si tel est le cas il est grand temps pour la faculté de venir au chevet de notre commune malade.

Après avoir limité la liberté d’expression de nos élus lors des questions diverses en fin de conseil : ils ne peuvent en effet plus interroger le maire sur les sujets qu’ils souhaitent, mais doivent poser leurs questions par écrit 5 jours avant la date du conseil municipal, notre maire tente d’encadrer sévèrement les publications de l’opposition dans le courrier de Saint-Ismier !

Droit de censure du directeur de publication (notre maire), limitation du nombre de caractères employés et, le « top du top », sujets imposés sont les trois orientations essentielles de la délibération que le premier magistrat de notre commune a eu la gentillesse de faire lire à une de ses conseillères.

Si j’étais élu de la liste Palliere vous n’en sauriez pas plus, j’ai en effet atteint le nombre de caractères autorisés.

Au fur et à mesure des annonces on a pu voir l’opposition pâlir, des regards gênés se croiser entre certains conseillers de la majorité, le public consterné s’agiter. Un vif débat s’engage, d’abord sur le droit de censure que l’on nous assure limité au cadre légal définissant les responsabilités de tout directeur de publication, puis sur le nombre de caractères autorisés.

Si j’étais élu de la liste Ninet vous n’auriez pas ce nombre, j’ai atteint le quota accordé à cette liste.

Quatre mille caractères au total, ça semble raisonnable ! Sauf que deux mille sont réservés à la majorité, (si si, vous avez bien lu, la majorité s’accorde en plus de l’éditorial du maire le droit d’écrire aussi sur la même page que les élus de l’opposition dans le courrier de Saint-Ismier !) le reste étant à diviser entre les deux listes d’opposition (1200 pour la liste Ninet, 800 pour la liste Pallière). L’unité de comptage prête à sourire, la méthode beaucoup moins.

Mais c’est la dernière mesure, la plus consternante, qui déchaine les passions : Imposer le sujet des articles, impossible de laisser passer ça ! Tous les élus d’oppositions s’indignent, Geneviève Picard, élue de la liste Ninet, est particulièrement vive et fait à cette occasion circuler un petit fascicule « Matin brun » de Franck Pavloff (éditions Cheyne) .
Devant les coups de butoirs portés par l’opposition le mur se fissure, une brèche s’ouvre. Le dernier coup vient du public, il est porté par Mme Buisson (ex-élue de l’opposition) qui, malgré l’interdiction faite au public d’intervenir pendant les débats, ne peut s’empêcher de faire part de son indignation à l’assemblée. Mme le Maire provoque une interruption de séance et finalement renonce à cette dernière mesure.

Il n’en reste pas moins que 1200 et 800 caractères sont bien peu de choses. Vous venez d’en lire environ 2400.

NB: le “matin brun “ démontre comment l’indifférence et la passivité des citoyens devant la suppression progressive de libertés pour certains membres de la société conduisent progressivement à l’instauration d’un régime totalitaire.
Le livre le plus lu de l'année 2002, à mettre entre toutes les mains!